05.12.2009
Archibald Michiels
connaissez vous Archibald Michiels.
j'aime aller et retourner fouillersdans ses nombreux écrits et il a ajouté le contenu de plusieurs de ses recueils
un cadeau . quand je l'ai remercié il m'a dit que parfois on lui disait qu'on allait le lire . Il m'a dit avoir écrit un petut poème amusant à l'intention de ses 10 visiteurs supposés , je vous le confie . vous pourrez en augmenter le nombre en cliquant sur ces deux premiers liens..
j'en ajouterai de temps en temps
Ah, ces fameux dix lecteurs (ou lectrices?) . Les revoici:
*Comptine*
Je dis /un/ -
puisqu'on m’assure
que Dieu l’est
Je dis /deux/
bien… ce que j’en pense
(vous aussi n'est-ce pas?)
Je dis /trois/
toi et ton air !
(vous repasserez)
Je dis /quatre/
à quatre -
- aux escaliers -
(fidèle à leur esprit)
Je dis /cinq/
cinq roses qui font bouquet
devant un sourire
(c’est pas joli, ça ?)
Je dis /six/
six sur six à ne pas rester
sur le fil
(je parle d’hirondelles
lors que s’achève l’été)
Je dis /sept/
nains lieues jours…
faut-il que toute la semaine y passe ?
Je dis /huit/
n’est qu’un chiffre
faut savoir lire
l’infini qui se cache en travers
Je dis /neuf/
toujours nouveau le neuf
(on rapporte que même les nouvelles
le resteraient si pas à pas
nul ne les colportait).
Je dis /dix/
dix qui disent qu'ils me lisent
c'est eux qui comptent
(moi je ne compte pas)
17:29 Publié dans mes coups de coeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
12.11.2009
Volatil

Volatil
Pour une homonyme amie...
Zouip ! Zouip ! Il y a d'une savonnette mouillée,
d'une savonnette à vilain, dans ces idées, ces sentiments,
ces impressions qui vous échappent, qui s'évadent
en se jouant du traquenard minutieusement agencé
parmi les vocables pour y prendre la fourrure fauve
ou argentée d'un poème. L'on s'y voit, à l'avance,
brillant comme un mot grec : l'on s'y retrouve bête
comme un gros mec ! Ah ! Le poème... Cette belle
qui fait de nous un Ixion, ce fantôme de nuées
qui s'esquive juste comme on pensait l'embrasser !
Miroir aux alouettes enfin parfait, croit-on, après
toute cette mousse de bulles irisées ! Le poème, ah !
comme on voudrait s'en laver la cervelle - mais hélas
le piège est vide ! Et sphinges et merveilles
à nouveau nous narguent
depuis certains escarpements non moins inaccessibles
que le ciel lui-même. (Cela, - sans parler de l'obsession
qui plane, hors de portée, en cercles dans nos songes !)
Xavier BORDES
10:31 Publié dans mes coups de coeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poesie, litterature
19.10.2009
Les pages non lues d'Evelyne André Giudici
Les pages non lues tourneront d’elles-mêmes au hasard du vent ou de la brume, qui emporte tout.
Sous la flamme d’une vieille chandelle, coulant comme les mots qui trouvent un nouveau sens, j’écris.
J’écris que le printemps doucement m’indiffère, que les astres sont à jamais déliés les uns des autres … la pluie était si douce l’hiver …. L’herbe fauchée d’hier ressemble à la vie s’arrachant à elle-même.
Combien de jours à sillonner les chemins endormis de nos rêves, combien de nuits s’éteignent sans un bruit.
Dans ce lieu, froid et vidé d’humanité, il attend … il attend la lueur vêtue d’une robe noire, élégante et légère … si légère …
Dans la morsure du loup qui l’effrite, dans l’océan qui emplit ses alvéoles … il attend … la soif de l’aube au ventre
Aucun regard n’est à cet instant plus profond que le sien, qui ne voit plus, mais qui sait.
Les feuilles au-dehors bruissent lentement, son visage soudain s’est figé.
Rien.
Il n’y a plus rien à dire.
Rien à écrire.
Rien à penser.
Je n’entends plus sa voix
Je ne sens plus sa peau
Rien que le souvenir de ses cheveux encore tièdes
La tiédeur du presque vivant, la tiédeur des matins tant espérés, la tiédeur de la chair qui ne pourra plus répondre …
J’ai vu mon père se vomir comme on extrait l’âme d’une peau
Avec souffrance, avec conscience, sans que j’aie pu rien y faire
Rien ….
Rien …
Les fleuves coulent leurs huiles bleues et brillantes à la façon du pinceau glissant sur la toile
Mon enfant fait des bulles dans le jardin
Le chien aboie
Les jours s’envolent comme les oiseaux des arbres
Rien
Il ne se passe rien
Rien ne revient
Les saisons s’abandonnent
Et ces pages non lues qui tournent d’elles-mêmes au hasard du vent ou de la brume, qui emporte tout.
11:28 Publié dans mes coups de coeur | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : poesie, litterature
28.09.2009
une prose poétique d'Archibald Michiels

C'était une après-midi d'octobre. La lumière dessinait d'un trait précis mais doux, rendait à chaque couleur ce qu'un esprit plus hardi eût appelé son essence. Son chemin vint à donner dans une clairière. Il comprit bientôt qu'il avait maintenant le pouvoir de créer cette clairière, même s'il ne l'eût pas vue. Pouvait y faire passer une biche, inquiète ou pas, comme bon il l'entendait. La clairière recevrait la douceur en don de la lumière, et la biche s'approcherait, si seulement il l'appelait de son nom.
Il ne le fit pas. Il était sage d'user d'un tel pouvoir avec parcimonie. Question de ne pas se retrouver avec quelque chose de trop rempli. Un dessin trop achevé où il n'y aurait plus place pour une ligne nouvelle.
16:02 Publié dans mes coups de coeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poesie, litterature
02.09.2009
Yves Heurté

XVI
Où cours-tu ?
Ni le châle infini du vent
ni le temps qui s'ébouole
ne se donnent au passant.
Quand tu te lèveras
après les jeux du sexe
le désert n'aura pas changé
la moindre de ses pierres.
L'absolu n'est ici d'aucune politesse.
La mort ne repeint pas ses lèvres
aux fleurs des citronelles.
Où cours-tu ?
" Je vais .
Tout marcheur est un lieu d'amour …"
XXI
Il descendit la chaîne de mots
Au fond dupuits un choc étrange
Dieu buvait .
Extraits de " Carnet Tibétain " (Rougerie )
L'enfant, l'oiseau
Un enfant assis sur les ruines
ne pleure plus.
Il tient l'oiseau tué par balle
perdue.
Au ciel, il y avait bien plus de balles
que d'oiseaux.
Deux ombres
Il est à Hiroshima un pignon noirci où se
découpent encore les formes en blanc de deux
amants. Elle semblait tenir une ombrelle, lui
une casquette d'ouvrier. Leurs lèvres allaient
se rejoindre quand la bombe…
Ils furent faits cendre en plein baiser,
laissant au mur son négatif, comme ces
plaques argentées où d'anciens photographes
amaient fixer l'histoire.
Dans la gueule d'ombres (Editinter)
10:35 Publié dans mes coups de coeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poesie, littérature, poèmes, theatre
26.08.2009
Archibald Michiels
Connaissez-vous Archibald Michiels ?
Pourquoi ne vous en ai-je jamais parlé !! . Depuis plusieurs années je clique de temps en temps pour relire un de ses articles passionnants,
Dernièrement je me suis aperçue qu'il avait copié le contenu de plusieurs de ses recueils.
J'ai lu un peu … je lui ai écrit … Il m'a parlé de ses lecteurs .. supposés et m'a envoyé ceci :
Ah, ces fameux dix lecteurs (ou lectrices?) . Les revoici:
*Comptine*
Je dis /un/ -
puisqu'on m’assure
que Dieu l’est
Je dis /deux/
bien… ce que j’en pense
(vous aussi n'est-ce pas?)
Je dis /trois/
toi et ton air !
(vous repasserez)
Je dis /quatre/
à quatre -
- aux escaliers -
(fidèle à leur esprit)
Je dis /cinq/
cinq roses qui font bouquet
devant un sourire
(c’est pas joli, ça ?)
Je dis /six/
six sur six à ne pas rester
sur le fil
(je parle d’hirondelles
lors que s’achève l’été)
Je dis /sept/
nains lieues jours…
faut-il que toute la semaine y passe ?
Je dis /huit/
n’est qu’un chiffre
faut savoir lire
l’infini qui se cache en travers
Je dis /neuf/
toujours nouveau le neuf
(on rapporte que même les nouvelles
le resteraient si pas à pas
nul ne les colportait).
Je dis /dix/
dix qui disent qu'ils me lisent
c'est eux qui comptent
(moi je ne compte pas)
Et je vous confie aussi celui-ci parce que quelques uns des visiteurs de ce blog savent qu'on m'appelle quelquefois " la fourmi " comme le faisait le regretté poète Yves Heurté dont je vous copierai bientôt quelques poèmes
Un poème ça démarre aussi, comme ça,
du plaisir de voir une fourmi
escalader une boule de terre sèche ;
puis ça part aussi, comme ça,
dans tous les sens,
un peu nulle part un peu partout ;
mais obstiné,
comme la fourmi -
essayez seulement, pour voir,
de la, de le, dévier.
Et ça s’arrête aussi, comme ça,
de l’autre côté de la terre -
je veux dire de la boule de terre ;
gentiment, comme déposé,
sans chute, léger
comme une fourmi.
Et voilà les liens vers deux recueils :
http://promethee.philo.ulg.ac.be/engdep1/download/perso/t...
http://promethee.philo.ulg.ac.be/engdep1/download/perso/t...
09:43 Publié dans mes coups de coeur | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : poesie, littérature, philosophie
07.08.2009
Jean Roger CAUSSIMON
http://www.youtube.com/watch?v=kNMqz2uuy7E
un coffret de deux DVD durée 4h 45 pour retrouver un chanteur poète de talent
qui méritait bien plus d'honneurs
09:35 Publié dans mes coups de coeur | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : poesie, littérature, chanson
17.07.2009
LES OISEAUX

Nous n'avions qu'un ciel en partage
il a incendié nos jours
pour quelques lambeaux de nuages
nous avons fait la guerre
là où s'amusent les oiseaux
nous avons tenté d'arrimer le bleu
au noir de l'oeil
et les oiseaux se sont mis à crier
ils se sont enfuis
nous avons tant et tant
jeté la pierre au vent
qu'il s'est tu
et les arbres ont péri sous le poids
de leurs propres feuilles
Christian Andersen
15:30 Publié dans mes coups de coeur | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : poesie, litterature, chansons;poemes
13.07.2009
Parfois lire .. aussi
un poème de Jacques ANCET
cueilli sur son blog
http://www.blogg.org/blog-55642.html
( Lumière des jours : mes liens à gauche)
chant XII
Tu te dis qu’il faut se dépêcher, qu’il faut garder
ce qui peut l’être encore, un après-midi de mars
par exemple, avec un ciel gris et des primevères,
un marché, peut-être aussi, comme il y a longtemps ,
la lumière, les cris, les odeurs et ce silence
où tout soudain s’arrête sans pourtant s’arrêter,
mais tu vois chaque visage, chaque geste figé
dans l’éclat d’un instant suspendu, une explosion
immobile qu’on entend partout dans la douceur
de l’heure qui sonne, le roucoulement des pigeons,
sous les paroles, les sourires, les mains serrées,
tu te dis qu’est-ce qu’on peut faire, la vie continue,
mais la vie c’est quoi au juste quand tout vole en éclat,
sang, débris, corps, bouches qui s’ouvrent sans se fermer,
photos, discours, le poudroiement, dit-il, la fumée,
le siècle commence dans la haine et la fureur,
sirènes hurlements, une minute de silence,
les voix s’étranglent, les yeux s’enfoncent dans les yeux,
plus rien n’en sort que des morceaux, des débris de vie,
le chœur bêle en temps réel, une peur en images,
elle n’a aucun et à la fois tous les visages
comment lui échapper, déconecte-toi, dit-il,
ouvre toutes les fenêtres et pars sur les chemins,
mais en reste-t-il qui ne mènent pas au pire,
tais-toi et marche, fait-il encore, ou reste là,
peu importe, l’interstice seul te sauvera,
cet entre-deux qui ne brille sur aucun écran
mais là, tout près, dans cet espace entre la clôture
et le chêne, quelque chose comme une embrasure
tu dis là, regarde, mais elle s’est refermée,
n’en reste qu’une lueur instantanée, un mot
qui tremble sous son sens, moins, un souffle sur les lèvres,
les choses ont repris leur place, versé dans les yeux
le plein de leurs images sais-tu ce que tu cherches,
le jour brille sur le cendrier d’étain, la porte
interdit de voir qu’il n’y a jamais rien à voir,
que tout est là sans y être, visage, fenêtre,
tu marches mais tu n’as plus de jambes, tu tends des mains
sans doigts, les phrases ont perdu leurs bouches, tu ne sais plus
que l’évidence sans profondeur d’un paysage
arrêté comme dans l’attente de ce regard
il ne le reconnaîtrait plus puisqu’il aurait soudain
traversé tout son savoir, puisqu’il toucherait sans voir
et dans sa vue éprouverait le toucher du monde,
sa profondeur perdue, mais aujourd’hui le jour tombe
quand il se lève, un brouillard de voix couvre les yeux,
un désordre de branches, tracteurs, tronçonneuses, haches
racourcissent le paysage, le temps n’est plus
ce qu’il était, tu pries quand tu ne peux plus penser,
tu dis ce que tu peux non ce que tu veux, tu baves,
tu n’as plus un mot à toi, tous les mots sont aux autres,
ils vous les ôtent de la bouche, tu es sans voix,
sans autre certitude que le fil du présent
où tu avances en équilibre fixant un point,
une image invisible et son éclair sous les yeux,
pendant ce temps, poudre bleue, nuages et primevères
font un nouveau printemps qu'on voudrait bien te gâcher
OMC, PNB, PIB, PAF, ONU, COGEMA,
terrorisme, mésanges, élections, les arbres en fleurs
et malgré l'angoisse le corps marche à la rencontre
de la lumière comme pour la première fois
ou est-ce la première fois qui vient vers lui,
à chaque pas le premier pas, même si tu tombes
tu te relèves, soleil, pluie, cliquetis des doigts
sur un clavier et le livre abandonné, repris,
qu’y cherches-tu que jamais tu ne pourras trouver,
que tu trouveras tout de même mais sans savoir
et toute une vie à ce jeu, perdue ou gagnée,
perdue et gagnée, avec à chaque jour l’espoir
d’en arrêter le jour, ce vertige sans issue
où en aveugle une fois de plus tu recommences
mais qui tu, et quel visage dans tous ces visages
qui s’avance, tu crois le reconnaître à cette voix
sortie de sa bouche, tu écoutes chaque syllabe,
tu vas comprendre, tu comprends un instant, tu oublies
et c’est de ça que tu te souviens, de cet éclat
où soudain toutes les lumières se réunissent,
toutes les poussières, où chaque chose est autre chose,
et autre chose la même chose, l’identité
est un puits noir, rien n’y est identique, tu vois
en sortir des images, des formes, des contours,
tu dis, je tu on, on tu je, je tu, ou tu on,
jours, gestes, corps font un fleuve de reflets, ils dansent,
se touchent, se perdent, tu dis voilà, c’est la vie
09:35 Publié dans mes coups de coeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poesie, litterature
22.06.2009
Autrefois de Charles CROS
Ne trouvez-vous pas que ce texte en prose pourait avoir été écrit hier ??? !!! (adeline)
Il y a longtemps – mais longtemps ce n'est pas assez pour vous donner l'idée... Pourtant comment dire mieux ?
Il y a longtemps, longtemps, longtemps; mais longtemps, longtemps.
Alors, un jour... non, il n'y avait pas de jour, ni de nuit, alors une fois, mais il n'y avait... Si, une fois, comment voulez-vous parler ? Alors il se mit dans la tête (non, il n'y avait pas de tête), dans l'idée... Oui, c'est bien cela, dans l'idée de faire quelque chose.
Il voulait boire. Mais boire quoi ? Il n'y avait pas de vermouth, pas de madère, pas de vin blanc, pas de vin rouge, pas de bière Dréher, pas de cidre, pas d'eau ! C'est que vous ne pensez pas qu'il a fallu inventer tout ça, que ce n'était pas encore fait, que le progrès a marché. Oh ! le progrès !
Ne pouvant pas boire, il voulait manger. Mais manger quoi ? Il n'y avait pas de soupe à l'oseille, pas de turbot sauce aux câpres, pas de rôti, pas de pommes de terre, pas de boeuf à la mode, pas de poires, pas de fromage de Roquefort, pas d'indigestion, pas d'endroits pour être seul... nous vivons dans le progrès! Nous croyons que ça a toujours existé tout ça!
Alors ne pouvant ni boire, ni manger, il voulut chanter. Chanter (triste), oui, mais chanter quoi ? Pas de chansons, pas de romances, mon coeur! petite fleur! Pas de coeur, pas de fleur, pas de laï-tou: tu t'en ferais claquer le système ! Pas d'air pour porter la voix, pas de violon, pas d'accordéon pas d'orgue, (geste) pas de piano ! vous savez pour se faire accompagner par la fille de sa concierge; pas de concierge ! Oh ! le progrès !
Peux pas chanter; impossible ? Eh bien je vais danser. Mais danser où ? Sur quoi ? Pas de parquet ciré, vous savez pour tomber. Pas de soirées avec des lustres, des girandoles aux murs qui vous jettent de la bougie dans le dos, des verres, des sirops qu'on renverse sur les robes ! Pas de robes ! Pas de danseuses pour porter les robes ! Pas de pères ronfleurs, pas de mères couperosées pour empêcher de danser en rond !
Alors pas boire, pas manger, pas chanter, pas danser. Que faire ? – Dormir ! Eh bien, je vais dormir. Dormir, mais il n'y avait pas de nuit, pas de ces moments qui ne veulent pas passer (vous savez, quand on bâille (il bâille), qu'on bâille, qu'on bâille le soir).
Il n'y avait pas de soir, pas de lit, pas d'édredons, pas de couvre-pieds piqué, pas de boule d'eau chaude, pas de table de nuit, pas de... assez ! Oh ! le progrès!
Alors il voulut aimer ! Il se dit : je vais me mettre amoureux; je soupirerai; c'est une distraction; je serai même jaloux; je battrai ma... Ma quoi ? Battre quoi ? qui ? Être jaloux de quoi ? de qui ? amoureux de qui ? soupirer pour qui ? Pour une brune ? Il n'y avait pas de brunes. Pour une blonde ? Il n'y avait pas de blondes, ni de rousses; il n'y avait pas même de cheveux ni de fausses nattes, puisqu'il n'y avait pas de femmes !
On n'avait pas inventé les femmes ! Oh ! le progrès!
Alors mourir ! Oui, il se dit (résigné) : je veux mourir. Mourir comment ? Pas de canal Saint-Martin, pas de cordes, pas de revolvers, pas de maladies, pas de potions, pas de pharmaciens, pas de médecins !
Alors il ne voulut rien ! (Plaintif) Quelle plus malheureuse situation !... (Se ravisant) Mais non, ne pleurez pas ! Il n'y avait pas de situation, pas de malheur. Bonheur, malheur, tout ça c'est moderne !
La fin de l'histoire ? Mais il n'y avait pas de fin. On n'avait pas inventé de fin. Finir, c'est une invention, un progrès ! Oh ! le progrès ! le progrès !
Il sort, stupide.
Charles Cros
12:03 Publié dans mes coups de coeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, litterature, prose poétique




