28.09.2009
une prose poétique d'Archibald Michiels

C'était une après-midi d'octobre. La lumière dessinait d'un trait précis mais doux, rendait à chaque couleur ce qu'un esprit plus hardi eût appelé son essence. Son chemin vint à donner dans une clairière. Il comprit bientôt qu'il avait maintenant le pouvoir de créer cette clairière, même s'il ne l'eût pas vue. Pouvait y faire passer une biche, inquiète ou pas, comme bon il l'entendait. La clairière recevrait la douceur en don de la lumière, et la biche s'approcherait, si seulement il l'appelait de son nom.
Il ne le fit pas. Il était sage d'user d'un tel pouvoir avec parcimonie. Question de ne pas se retrouver avec quelque chose de trop rempli. Un dessin trop achevé où il n'y aurait plus place pour une ligne nouvelle.
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04.09.2009
Séismes
Décidément Julien ne voit plus les chiffres, et l'image d'une femme élégante aux cheveux noués avec grâce l'attendant tristement en écoutant leur symphonie préférée, ne veut pas quitter l'écran de l'ordinateur. Il se lèvera tôt demain. Il range le dossier si important dans le coffre, hausse les épaules. Tant pis.
Julien quitte son bureau aux environs de vingt heures. Un peu coupable, mais heureux et confiant dans l'indulgence de son épouse, d'un caractère égal, qui ne montre jamais d'impatience. Au contraire, depuis quelque temps elle n'a même plus cette expression déçue quand il rentre bien après l'heure du dîner. .
Peu de circulation . La ville est calme . Il peut accélérer. Un sourire d'espoir et quelques notes flottent sur ses lèvres. Il franchit la grille, fait crisser les pneus sur les cailloux du jardin, arrête le coupé devant la maison , marche vers la porte d'entrée.
Cet après midi là, jour de leur dixième anniversaire de mariage, Julien a fait envoyer chez lui un bouquet de roses rouges . Il a fait prévenir Sarah par son secrétaire vers dix- sept heures; lui a fait dire qu'il avait retenu une table dans le plus beau restaurant de la ville.
Le bouquet attend devant la porte. Le fleuriste a laissé une carte priant de l'excuser, il a sonné plusieurs fois sans résultat.
Comme Julien lui avait fait part de la circonstance, il s'est permis de déposer les fleurs, pensant que madame Sarah est allée faire une course rapide.
Julien est quelque peu surpris, Sarah est très organisée . Il ramasse le bouquet, entre, le dépose dans l'entrée. Pas de lumière au rez- de -chaussée. Julien sent l'angoisse l'envahir. Sarah aurait elle été victime d'un malaise ? Elle a un peu maigri ces derniers temps. Elle n'est pas femme à se plaindre ; préfère se montrer le plus souvent possible à son avantage. Elle est très maîtresse d'elle-même.
Il traverse la salle de séjour sans s'attarder , ne remarque pas une lettre sur la table basse. Il monte dans leur chambre en courant , jambes molles, coeur battant. .La porte est restée entrouverte. Dans la glace de la coiffeuse on aperçoit le lit. Personne. Un ordre parfait, froid, indifférent, pense-t-il soudain.
Julien redescend, se précipite vers le téléphone. Aucun message noté. Il se dirige vers le canapé et s'y laisse tomber pour essayer de réfléchir, de prendre une décision. Il aperçoit la lettre, déchire l'enveloppe sans précaution.
Sarah est partie. Elle lui reproche ses absences: Elle sait qu'il est passionné par son travail mais elle s'ennuie trop. Elle lui demande pardon.
Elle lui téléphonera pendant le week-end. Il ne doit pas s'inquiéter. Elle est calme, en sécurité. Elle pense qu'il pourra demander à l'employée de maison de venir davantage afin que rien ne lui manque et puisqu'il travaille autant espère qu'il ne souffrira pas trop de son absence.
Julien est atterré. Anéanti. Il n'avait rien supposé. Pourquoi ne lui a-t-elle pas parlé? Il se souvient!...elle a essayé de le faire au début de l'année dernière et il n'y a pas prêté attention. Elle avait cette expression qu'il ne comprenait pas, une expression de découragement, d'ennui, de déception.
Où Sarah peut-elle être? Il n'a pas rencontré André Verthier cette semaine. Il prend conscience de la récente froideur de ses beaux –parents; froideur qu'ils essaient pourtant de tempérer . . Madame Verthier, la mère de Sarah disait parfois à son gendre de travailler moins, de sortir davantage, mais Julien souriait,
"Je ne suis pas fatigué et j'adore mon métier."
" Vous devriez vous faire seconder Julien , ou du moins essayer de rentrer un peu plus tôt le soir, la vie de famille est quelque chose de précieux quelque chose de nécessaire à l'équilibre, Etes vous certain de vraiment connaître Sarah, Julien?"
Il avait haussé les épaules... Il connaît son épouse depuis la prime adolescence. Ils ont étudié au conservatoire national de la ville et se retrouvaient régulièrement aux après-midi artistiques organisées par leurs mères, passionnées de musique et de littérature. Leurs deux familles ont toujours été très liées, à cause de cette complicité qui régnait entre les deux femmes, et aussi depuis la fusion de leurs entreprises respectives.
Sarah voue à son père une affection teintée de dévotion. Soumise à cet homme , et habituée à la famille de Julien Bardelot, elle n'a pas opposé de refus quand l'idée d'un mariage, solution aux problèmes survenus dès qu'Auguste Bardelot était tombé malade, a été énoncée. Chacun a pensé offrir cette union en dernier cadeau à cet homme passionné par son travail . Rassuré sur la continuité de son oeuvre, il quitterait la vie apaisé.
Julien de toute façon avait promis à son père de prendre le relais. Epouser cette jeune fille si belle, qui s'épanouissait sous ses yeux, lui semblait être un chemin tracé depuis toujours. Il s'était installé confortablement dans la continuité, sans s'interroger sur ce qu'éprouvait sa fiancée.
Sarah était rayonnante, elle semblait toujours amoureuse de lui mais, se souvenait-il, parlait de plus en plus de son enfance, de ses jeux avec les enfants de Marie -Claire , la gouvernante. Celle-ci l'a élevée tendrement, préparait des desserts merveilleux pour cette société enfantine à l'enfance dorée. Elle avait deux enfants, Quentin et Frédérique à peine plus âgés que Sarah. Ils n'étaient que rarement invités aux après-midi artistiques mais tous jouaient dans le parc , chaque mercredi.
La jeune femme avait rencontré Quentin dernièrement, ils étaient allés prendre le thé. Il avait terminé des études de philosophie et après quelques années aux Etats unis venait d'obtenir un poste à l'Université. . Il voyageait beaucoup pendant les vacances et son plaisir était l'écriture.
Sarah écrit des poèmes et des nouvelles Elle l'a dit à Quentin qui lui a proposé de s'inscrire à une société d'écrivains régionaux . Il l'aidera à publier . Cette société réunit ses membres de temps en temps. Julien verrait-il un inconvénient à ce qu'elle adhère à cette société? Julien a souri." Bien sûr que non ma chérie, Je sais combien tu aimes écrire, et Quentin est ton ami d'enfance, il est certainement sincère s'il te propose de t'aider. "
….
La jalousie s'emparer de Julien , insidieuse. Il est de plus en plus persuadé que Sarah est avec Quentin. Il a eu une entière confiance en sa femme et en cet ami de toujours qui paraissait un homme intelligent et franc. On ne peut décidément se fier à personne se dit-il. et ses mains tremblent de colère et de crainte.
Depuis cette rencontre avec son ami d'enfance, Sarah est joyeuse, patiente, calme, elle est même de plus en plus belle. Elle a publié un recueil de nouvelles. Elle avait demandé à Julien de l'accompagner à la librairie Hertin . quand elle avait dédicacé son æuvre. Mais il avait du se rendre en Irlande ce jour là. Il avait fait envoyer un immense bouquet de lilas à Sarah , avait demandé à l'un de ses amis de filmer l'événement.
Quentin l'avait sans doute remplacé avantageusement, se dit-il, amer.
Machinalement, il prend le combiné, forme le numéro de ses beaux- parents.. Les larmes inondent ses yeux mais il réussit à affermir sa voix pour demander s'ils savent où s'est rendue leur fille Ils sont très surpris. Non, .ils n'étaient pas prévenus. . Leur fille est très secrète, Ils n'ont rien remarqué. Julien oublie sa réserve, élève un peu la voix, leur fait part de ses doutes.
André Verthier proteste :
Voyons! Il fait certainement erreur! Quentin n'agirait pas de cette façon, et surtout pas aussi sournoisement. Il doit s'apaiser. Il est tard. Qu'il prenne un léger calmant. Demain ils l'aideront à découvrir ou est leur fille et de toute façon cette lettre ne contient rien de vraiment définitif!! Une petite crise dans leur couple, tout le monde passe par ces épreuves...
Julien raccroche nerveusement. Son beau père aime Sarah avec passion . C'est pourtant quelqu'un de froid, pragmatique, pas très sensible. Mais même s'il a un doute sur la conduite de son enfant il ne la chargera pas, c'est évident.
Soudain le passé s'impose à son esprit. Les réticences de Sarah au début de leurs fiançailles, son manque d'élan envers lui. Il s'était dit qu'elle avait hérité de la réserve de son père. Il revoit l'empressement de l'homme d'affaires à proposer cette association, et aussi ce mariage."
Vous débutez Julien vous vous sentirez à l'abri si nos entreprises fusionnent , et cette double union, quel symbole !"
.
Sarah est très affectueuse avec son père, plus qu'avec son mari. Leurs regards s'éclairent à chaque rencontre d'une lueur complice. Une image s'impose à sa pensée: L'expression de Sarah est celle de quelqu'un qui fait un cadeau et qui en est heureuse et fière.
Alors! il n'aurait jamais été aimé pour lui-même? Le doute trace un chemin dans ses veines .
Julien sent son corps se glacer, il est au bord de l'évanouissement.
Et Quentin? Pourquoi refuse-t-il aussi souvent leurs invitations? Dès le début de leur mariage il a eu une expression sombre, parfois timide, comme quelqu'un pris en faute? Oui Julien se répète cela: " comme quelqu'un pris en faute", quelqu'un qui aurait eu envie de demander Sarah en mariage, et qui n'aurait pas osé le faire. Sarah était la fille de ses employeurs n'est-ce pas? Quentin n'était pas encore l'universitaire, l' homme cultivé qu'il est aujourd'hui et qui pourtant a gardé une simplicité héritée de ses origines modestes , simplicité qui lui confère un charme inattendu. L'adresse. L'adresse de Quentin. Julien est fébrile, impatient. Il lui faut cette adresse immédiatement; Il feuillette , trouve: Quentin Verthier - rue de Saône - Lyon.
Il s'approche du téléphone. Il est près de minuit; réflexe de bonne éducation, on n'appelle pas les gens à cette heure là. Il doit attendre demain. Il se sert un brandy. L'alcool creuse un peu l'angoisse. Julien respire mieux, sent une tiédeur fugace l'envahir; trop fugace... Il hausse les épaules et se sert un nouveau verre. Son esprit devient plus léger; flotte vers une certitude: Sarah est chez Quentin. Il sourit, sarcastique, satisfait de sa découverte, reprend de l'assurance. Je ne me trompe jamais se dit-il...
En même temps il sent son coeur se déchirer. Il éprouve un besoin insistant de serrer Sarah dans ses bras. Il faudrait parler à quelqu'un, Il éprouve un vertige de solitude. Lui vient l'envie de crier, pour trouer ce voile qui l'étouffe. Il pense et même prononce avec un rire sarcastique "cri primal! j'ai l'envie de pousser un cri primal ". Cette expression l'avait amusé pourtant . Envie de crier "Sarah" ainsi que le ferait un loup aux abois. Il voit son reflet dans le miroir, a honte de sa faiblesse, se retient....A tort.....
L'album de photos de la famille est resté au dessus de la bibliothèque. Il s'en empare, le feuillette machinalement, sans rien voir. Il ne sait pas ce qu'il y cherche. Tout à coup il le découvre brutalement; Il cherche cette grande photo qui occupe une seule page, cette grande photo prise
dans le jardin des Verthier peu de temps après leurs fiançailles. Une photo de groupe mais il l'a prise lui-même et y est absent. Sur cette image, Sarah tient affectueusement Quentin par les épaules et Quentin lui sourit;. Le coeur de Julien est soudain transpercé d'une épée.
Il se lève brutalement. L'album glisse ; s'ouvre sur la moquette. Julien trébuche reprend la bouteille, saisit un verre qui s'échappe de ses mains , se brise sur le tapis. Il boit une gorgée d'alcool à la bouteille. Ce n'est pourtant pas dans ses habitudes. La colère prend possession de son
cerveau, de son coeur, de son corps tout entier. Il est quelqu'un d'inconnu, quelqu'un d'autre.
Il les tuera. Il la tuera, Elle. Non, Lui. Il monte dans son bureau. trouve le revolver dans le tiroir. Il a déboutonné le col de sa chemise . Il va sortir, aller rue de Saône, immédiatement. Où est sa veste? Il ouvre les placards, cherche, fait tomber un blouson . ne trouve pas. renverse le vase bleu d'opaline , souvenir de sa mère. Celui-ci est en morceaux et Julien , devant ce symbole, se sent abandonné. se met à sangloter bruyamment. Il perd tout contrôle, est de plus en plus déterminé à céder à sa folie.
Il se baisse, ramasse le socle du vase, se coupe , met pourtant le morceau de verre dans sa poche. Il décide de laisser tout . . Pas besoin de veste. I l redescend, sort , claque la porte sans prendre la peine de la fermer à clé. Il frissonne. La soirée est fraîche et sa chemise est gonflée par le vent. Il s'installe dans sa voiture et part à toute vitesse en direction de la ville. Rue de Saône, oui il sait, près du Pont Alexandre . Il y est allé pendant leurs fiançailles.
Il vérifie la présence du revolver . Conduire est difficile car il continue à sentir les larmes jaillir de ses paupières brûlantes. Un homme ne doit pas pleurer. C'est sans doute pour cela que s'il le fait sans témoins, il ne peut arrêter le torrent, barré peut-être depuis sa petite enfance. A quoi bon serrer les dents! la douleur, la déception, la colère, l'impuissance, ont raison de toute sa volonté . Il est enfant ou animal. toute son âme est en remous. et Julien organise la suite. Je les tuerai tous les deux mais après leur avoir dit... Non je les tuerai et me tuerai aussitôt.
Les rues sont désertes, heureusement car la voiture fait des embardées dangereuses. Il aperçoit le pont, puis la maison. S'arrête brutalement sans se ranger, sort, voit une fenêtre entrouverte. Il la franchit. L'appartement est au rez-de-chaussée. Il en est certain.
Tout est éteint. La pleine lune éclaire juste assez le vestibule pour qu'il puisse se diriger. Il aperçoit une porte protégée par un rideau de velours bleu. La chambre est là, certainement. Il va les surprendre. Il retient un gémissement de douleur à cette pensée.
D'une main, il vérifie la présence de son arme, de l'autre il pousse la porte restée entrouverte. le regard fixe. De deux grands pas, Il se dirige vers la salle de bains pour atteindre l'interrupteur. Le miroir lui renvoie l'image d'une jeune femme inconnue, magnifique, elle a la bouche grande ouverte pour crier mais aucun son n'en sort.
Julien baisse le bras, interdit. Il avance. Devant lui est la plus jolie femme qu'il ait jamais rencontrée. Sa colère tombe, fait place à la surprise: Une douceur liquide descend doucement dans sa gorge, rejoint son coeur qui se met à battre doucement, délicieusement.
"Que faites vous ici?" demande-t-il d'une voix étouffée.
C'est au tour de la femme d'être interloquée.
"Mais, j'habite ici ! Comment êtes vous entré, que me voulez vous?"
"Je ne suis pas chez Quentin Verthier" demande-t-il?
" Non.! Quentin vit à Bron depuis l'an dernier avec Janie, une de ses élèves. Il espère l'épouser bientôt. Il m'a laissé son appartement. Je suis sa cousine et suis à Lyon pour chercher du travail. "
Julien tombe affalé sur le lit. Il tremble de tous ses membres.
Cette jeune femme lui pardonnera-t-elle? Il voudrait le lui demander mais aucun mot ne franchit ses lèvres. Il pense à toute vitesse qu'il tombe amoureux comme jamais il ne l'a été. Il se laisse envahir avec bonheur, va de surprise en surprise en ressentant à la fois tendresse, joie, trouble, enthousiasme... Alors c'était ça se dit il? C'était ça, aimer? Une douce chaleur le rassure, l'apaise. Il vit cette minute délicieusement.
La jeune femme , interdite, revient peu à peu de sa surprise et contemple cet homme sans veste, sans cravate, aux boucles en désordre , aux yeux battus, voit les traces de larmes sur ses joues. Il lui prend l'envie soudaine d'entourer de ses bras celui qui semble un enfant à protéger, à consoler... et ramener à la vie celui qui est aussi un homme... décidément d'une grande séduction
Julien a en cet instant tout à fait oublié Sarah!...
17:51 Publié dans nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poesie, nouvelles, litterature
02.09.2009
Yves Heurté

XVI
Où cours-tu ?
Ni le châle infini du vent
ni le temps qui s'ébouole
ne se donnent au passant.
Quand tu te lèveras
après les jeux du sexe
le désert n'aura pas changé
la moindre de ses pierres.
L'absolu n'est ici d'aucune politesse.
La mort ne repeint pas ses lèvres
aux fleurs des citronelles.
Où cours-tu ?
" Je vais .
Tout marcheur est un lieu d'amour …"
XXI
Il descendit la chaîne de mots
Au fond dupuits un choc étrange
Dieu buvait .
Extraits de " Carnet Tibétain " (Rougerie )
L'enfant, l'oiseau
Un enfant assis sur les ruines
ne pleure plus.
Il tient l'oiseau tué par balle
perdue.
Au ciel, il y avait bien plus de balles
que d'oiseaux.
Deux ombres
Il est à Hiroshima un pignon noirci où se
découpent encore les formes en blanc de deux
amants. Elle semblait tenir une ombrelle, lui
une casquette d'ouvrier. Leurs lèvres allaient
se rejoindre quand la bombe…
Ils furent faits cendre en plein baiser,
laissant au mur son négatif, comme ces
plaques argentées où d'anciens photographes
amaient fixer l'histoire.
Dans la gueule d'ombres (Editinter)
10:35 Publié dans mes coups de coeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poesie, littérature, poèmes, theatre




