23.11.2009

Trop de pluie

la pluie fouettait les vitres

 

jour après jour

les flaques se couvraient de feuilles

 

tapis d'or vieilli flottant

comme lui  peut être

dans  les larmes

 

il préférait ne rien voir

se réfugiait dans le sommeil ou

dans un livre

 

Les mots chuchotaient

insectes sombres

sur le silence  machinal

des  pages tournées.

 

au suspendu de son regard  absent     

17.11.2009

L'inventé du vent

 

 

Rideau offert au vent

la pluie 

claquait

battait tout

pour créer l'inverse

que naisse l'inventé

 

il te faut  répétait l'averse

laisser s'étendre, entendre,attendre

qu'un  nuage crève baigne d'un sourire

une envie  une ombre

 

J'ai tout entendu

n'ai rien   laissé

saisie j'ai saisi

tout

 

multiplié

jusqu'à m'essouffler me laisser tomber

sur un banc de mousse

 

j'attendais 

 

envol mes paumes s'ouvraient mains d'enfant gourmandes.

 

 saisir  l'autre main courir sur une île grimper sur un arbre

 

 Enfin courte échelle

de toujours soi ou toujours toi pour

 

de la haut  évaluer 

d'un regard trop grand

 la valeur  de l'herbe tendre,  des violettes ,des nuages ou des anges

je cherchais à travers des doigts de transparence, rares, légers, comme une brise d'été

 

Soudain j'avais faim

 

faim de fruits

 

15.11.2009

Bleu nostalgie (poème simple)

  

Visage  de porcelaine

sur sa tempe palpite  une veine bleue

 

Elle

 robe bleue

 manteau bleu

 rubans bleus 

 

camaïeu  ciel et mer

 

regard bleu

enchâssé au milieu de boucles  de nuit

 

Elle

si sage, si douce

 

nous avions huit ans

 

elle aimait trop le bleu

 

elle nous a quittés

échappée dans la nuit

s'est envolée  vers l'espace

 

pour le voyage 

on l'avait revêtue d'une robe d'ange....

 

Bleu

14.11.2009

A cloche-cliché

croisiere second chargement 021.jpg

 

 

Deux lumières douces
l'une mauve l'autre pourpre
deux couleurs sucrées


un  bleu  obscur  en contraste
pour les souligner

nos  ombres  dans le miroir
viens t'asseoir  attarder
ton  regard de porcelaine
pas loin de la cheminée


j'aime ton  pull blanc de laine

 

         ***

Folie

 je l'ai inventée 

 
cette histoire à grignoter
sur un ton  de promenade

les cimetières parfois
ont tant de bouquets blancs
sur le gris des marbres  

objectifs ensoleillés.
chemins verts j'ai capturés  
pour aller comme ça
tout comme toi

à cloche-cliché

 

 

12.11.2009

Volatil

 

 images IXION.jpg

 

Volatil

                                        Pour une homonyme amie...

 

Zouip ! Zouip ! Il y a d'une savonnette mouillée,

d'une savonnette à vilain, dans ces idées, ces sentiments,

ces impressions qui vous échappent, qui s'évadent

en se jouant du traquenard minutieusement agencé

parmi les vocables pour y prendre la fourrure fauve

ou argentée d'un poème. L'on s'y voit, à l'avance,

brillant comme un mot grec : l'on s'y retrouve bête

comme un gros mec ! Ah ! Le poème... Cette belle

qui fait de nous un Ixion, ce fantôme de nuées

qui s'esquive juste comme on pensait l'embrasser !

Miroir aux alouettes enfin parfait, croit-on, après

toute cette mousse de bulles irisées ! Le poème, ah !

comme on voudrait s'en laver la cervelle - mais hélas

     le piège est vide ! Et sphinges et merveilles

                à nouveau nous narguent

depuis certains escarpements non moins inaccessibles

que le ciel lui-même. (Cela, - sans parler de l'obsession

qui plane, hors de portée, en cercles dans nos songes !)

 

 

                        Xavier BORDES

 

10.11.2009

Soleil...

Hyeres fevrier 2007 044.jpg

Ce matin tu as écarté le gris pour me sourire  

Il était bien épais le

poids  de mélancolie des nuages

 

en cet instant  pourtant le jardin

            s'est illuminé...

 J'ai  voulu croire en ta promesse

 

Tu as déjà   refermé tes paupières

 sur les jours froids de l'hiver

 

mais

oublié  une luciole dans un coin de mon univers

 

 

09.11.2009

novembre sur francopolis

 70ème ÉDITION  FRANCOPOLIS

Revue Novembre 2009

Responsable de cette revue: André Chenet

Conception des pages web: Gertrude Millaire

Auteurs sélectionnés par le Comité Francopolis
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Conte et Chanson
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Le Comité de Francopolis

 

 

monotone

Tu n'en peux plus de ce ciel monotone

en uniforme au cœur serré

 

Le vent bienveillant vient bercer

les feuilles d'or vieilli du cerisier

 

dernier slow avant de

s'allonger sur la pelouse  froide

tisser une laine grossière  en camaïeu

 

Oublie un peu les éblouissements du soleil

des automnes  usés

 

 

 

08.11.2009

s'écrire en reflets

s'écrire en reflets

la trace ne s'efface pas avec un billet sur la table

 

s'écrire parce qu' on  a regardé l'autre ,

lu ici ou ailleurs

 

parce qu'on se souvient  du temps        

il voyait encore le soleil                         

ou

 

qu'il s'était brûlé à ses rayons blessants

 

 ou

 

comme ce soir la pleine lune

sensuelle, transparente, impudique  

nous montrait ses reliefs

 

il y a toujours la chair

la vie

 

et ces élans

si difficiles à contrôler

qui nous rendent heureux

                                              ou

 tristes

 

à croire qu'on va mourir

larmes aux cieux

Larmes aux cieux toute la journée

 

après ce matin voilé

où des feuilles d'or détrempées

tombaient doucement

en silence

et dénudaient les peupliers 

  

07.11.2009

A......Verse !

chanaz 25.04.2006 003.jpg 

Le ciel sanglote dans un drap  d'anthracite

 

 toits  flous

 vus à travers un regard de chagrins inutiles

 

tout grelotte en clapotis

 

même l'insecte       préfère dormir

           comme

vit  un rêve

 

en camaïeu de verts  tièdes et neufs

06.11.2009

douce simplicité

cerisier 009.jpg

 

 

le bleu s'allonge quelquefois

 

entre deux nuages trop sombres

 

lorsque plus près

érable en feu et cyprès bleu

devisent côte à côte

 

si un rayon vient y danser le toit de la maison s'éclaire

 

c'est ce paysage d'espace

sa banale simplicité

qui me ravit

 

ce matin les moineaux heureux

ont picoré sur la terrasse

 

mes graines 

et mon  sourire

 

ils sont enfantins et joyeux

01.11.2009

Le coeur de la terre

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Je regarde l'érable

enflammé pour l'automne

purifier la transparence du bleu

 

Et je pense au grand feu

au grand feu qui  se cache en nous

et…

sous nos pas …

 

Nous n'entendrons jamais

le grondement

qui ceinture la terre multicolore

verte des forêts calmes

jaune des sables

et de

tout ce gris  des villes

 

Comme clins d'œil à la fournaise

nous avons même ajouté   lampes et néons

 

Pourtant

 

vivant,

frémissant  bat un cœur

 

comme une orange

 

en secret

 

un cœur immense

 

invisible et oublié 

 

Il se sent  étouffé  

comme le notre en certains jours  il bouscule alors

tout autour de lui

dans un soupir immense

 

et aveugle

 

sa respiration  déchire  un passage 

libére  ses larmes incandescentes

 

ses laves  brûlantes

 

incendiaires

 

Il ne

 

Sait pas qu'il tue

 

il faut bien qu'il

 

Vive …

 

 

 

 

 

 

 

dans les erreurs du vent

Le violon grince 

parfois

dans un fouillis de notes

quand un enfant  s’essaie 

à caresser les cordes

d’un archet maladroit

 

les crins qui s’échappent

se balancent

 

trop légers trop fragiles

 

il faudra bien arriver

à ce que le métronome

 

nomme

tout ce qui crie trop fort

fait

     hurler les

                  dissonances

 

il faudra bien

apprendre dans les erreurs du vent

 

 

26.10.2009

Note grave

 

trio.jpg

Me reste toujours cette brume

lourde  aux paupières

 

et ta silhouette 

 

lointaine

 

Tu  voudrais  devenir une ombre

 

J'entends cette pensée secrète

ce murmure  dans mon  brouillard

d'imaginaire  et d'incertain

 

Que mon oreille s'assourdissse

que mon tympan soit de velours

 

la cloche  d'une note  grave

me martèle 

comme un tocsin

 

réveille l' oiseau endormi

 

tu sais

   

celui qui

 

        s'était cassé l'aile hier

 

et que tu avais recueilli … 

 

 

perle d'enfance

Yonne auxerre et mon pastel 020.jpg

 

"Dès qu'il poussait une porte une nouvelle vie commencait pour lui."

 

Henri Michaux

 

Cette nuit

j'ai avancé la main

hésitante

 

effrayée  peut être

 

il fallait  enfoncer les portes  lointaines

 

J'ai senti le froid métallique  du gris  des nuages

mon doigt a pénétré

insisté

jusqu'à  frôler la première goutte de pluie

 

Elle tremblait comme une larme

m'a raconté en tombant sur  la pierre

 

qu'elle avait été ma première tristesse

 

Elle  était douce

ténue

                  solidifiée

perle d'enfance

 

                        pierre   oubliée

 

Quand j'ai refermé la porte

Je crois que ma maison a secoué sa vie

 

19.10.2009

Les pages non lues d'Evelyne André Giudici

Les pages non lues tourneront d’elles-mêmes au hasard du vent ou de la brume, qui emporte tout.
Sous la flamme d’une vieille chandelle, coulant comme les mots qui trouvent un nouveau sens, j’écris.
J’écris que le printemps doucement m’indiffère, que les astres sont à jamais déliés les uns des autres … la pluie était si douce l’hiver …. L’herbe fauchée d’hier ressemble à la vie s’arrachant à elle-même.
Combien de jours à sillonner les chemins endormis de nos rêves, combien de nuits s’éteignent sans un bruit.
Dans ce lieu, froid et vidé d’humanité, il attend … il attend la lueur vêtue d’une robe noire, élégante et légère … si légère …
Dans la morsure du loup qui l’effrite, dans l’océan qui emplit ses alvéoles … il attend … la soif de l’aube au ventre
Aucun regard n’est à cet instant plus profond que le sien, qui ne voit plus, mais qui sait.
Les feuilles au-dehors bruissent lentement, son visage soudain s’est figé.

Rien.
Il n’y a plus rien à dire.
Rien à écrire.
Rien à penser.
Je n’entends plus sa voix
Je ne sens plus sa peau
Rien que le souvenir de ses cheveux encore tièdes
La tiédeur du presque vivant, la tiédeur des matins tant espérés, la tiédeur de la chair qui ne pourra plus répondre …
J’ai vu mon père se vomir comme on extrait l’âme d’une peau
Avec souffrance, avec conscience, sans que j’aie pu rien y faire
Rien ….
Rien …

Les fleuves coulent leurs huiles bleues et brillantes à la façon du pinceau glissant sur la toile
Mon enfant fait des bulles dans le jardin
Le chien aboie
Les jours s’envolent comme les oiseaux des arbres

Rien
Il ne se passe rien
Rien ne revient
Les saisons s’abandonnent

Et ces pages non lues qui tournent d’elles-mêmes au hasard du vent ou de la brume, qui emporte tout.

 

http://ultraviolette.over-blog.com/ 

08.10.2009

69ème ÉDITION FRANCOPOLIS



Revue octobre 2009

Responsable de cette revue: Ali Iken
Conception des pages web: Gertrude Millaire

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Poème pour ma mère de Aile ~ Louise Dostie

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Le long des sentiers de Patrice Parhal...(lecture et voix)

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L'équipe de Francopolis

02.10.2009

GILLIA

 

 

En rêvant de promenades, je me promène, je flâne, j'hésite, je m'arrête... Sur l'autre trottoir, peut-être... La vue... Une rencontre... Je voudrais.... Rêver... de...  J'avance un pas sans regarder. Un véhicule en camaieu de gris et de blanc me barre le passage.

 

Je rêve dans mon rêve, et je n'ai rien vu. Mon nez s'est cogné à la vitre, et je te vois... Tu souris, tu ris même, avec tendresse on dirait... Je recule, ne te quitte pas des yeux. Ton sourire me plaît, il me rappelle... Qui ???  Je connais ce regard bleu, ce regard de ciel. J'ai aimé ce regard... Mais,  qui es-tu ? Je te rends ton sourire, je longe le minibus. La porte arrière est restée entrouverte... Je tente de la fermer, plusieurs fois, en vain. Tu te retournes,  tu ris de nouveau  tu me cries

 

" Laissez donc, aucun danger, c'est un véhicule... Et ton rire s'accentue... Un véhicule...  fabriqué à partir d'un avion... C'est un véhicule..Tu ris, énigmatique.   Ne vous inquiétez pas ! "

 

Mais j'insiste.

 

"J'ai peur !.... Vous êtes en danger! Vous ne pouvez rouler avec une portière ouverte!..."

 

J'essaie à nouveau de glisser cette portière récalcitrante,  qui rebondit pour me narguer...Tu viens , tu ris:

 

 "Je vais vous montrer, c'est simple, il suffit de la coincer: ainsi ! Tu avances l'accoudoir gris et souple du siège arrière dans l'encoignure, puis tu claques la porte...Voilà, vous voyez ? C'est simple ! "

 

Ce bus m'attire, ton sourire aussi. Je te connais, je t'aime, pourquoi ? 

 

"Dans  quelle direction allez-vous ? Pouvez-vous m'emmener ?

-Bien sûr montez!"

 

           Et je m'installe sur la banquette grise, tout au fond, celle qui maintient la porte fermée...  Soudain je m'émerveille: tous les autres sièges sont roses, un rose très doux, légèrement lumineux. Il y a deux autres voyageurs. Je caresse d'un doigt la toile du fauteuil le plus proche de moi; tu te retournes comme si tu m'avais vue et tu souris malicieusement. Tu me répètes:

 

       " Vous voyez,  je vous l'avais dit,  ce bus a été construit avec un avion. Ce n'est pas un bus comme les autres !"

      

           Ton regard non plus n'est pas comme les autres. il a la même luminosité indéfinissable que le tissu des sièges, la luminosité des couchers de soleil quand le crépuscule va bientôt rejoindre la nuit... Tu nous arrêtes sur une petite place, une dame blonde  descend , se dirige vers une pâtisserie. Il y a peu de monde dehors, je regarde l'étalage de cette pâtisserie

 

        .Mais,  je la connais!  J'y venais quand j'étais enfant. Ce ne sont plus les mêmes gâteaux. Maintenant ils sont tous blancs, très appétissants. Il faudra que je pense à revenir. Il faudra que je goûte à ces friandises .J'aurais pu descendre ici, je connais ce quartier, mais tu es déjà au volant. Il faut que je te demande de m'arrêter bientôt....

 

*************

 

... J'ai du continuer ma route... ta route... Je suis éveillée maintenant, dans ma maison. Ma maison qui semble lointaine, floue, j'accomplis les gestes de tous les jours... Je réponds au téléphone...Encore habitée par mon rêve et je le serai tant que je ne saurai pas qui tu es , toi la conductrice de ce bus.  Ce sera je crois une journée de paresse. heureusement je suis seule et libre en ce dimanche. Il y a bien longtemps que je n'ai pas feuilleté les albums de photographies.  

Voilà. Un groupe de fillettes, une école. Gillia!  c'est toi ma meilleure amie. Toi que j'avais oubliée pendant si longtemps. Nous nous aimions tant avec nos coeurs de huit ans.

Et ce jour se lève dans ma mémoire  Ce jour que j'ai nié parce que j'ai voulu efffacer son matin qui était trop plein des mots qui  nous ont annoncé  que tu étais morte. morte trop jeune. Je n'ai même pas pleuré. Je suis restée longtemps seule, appuyée contre le préau pendant les récréations. seule , immobile je n'ai même pas compris que je venais de connaître ma première tristesse.

Je vois tout à coup la page de l'album qui se mouille de mes larmes. des larmes que je n'ai pas senti arriver. Enfin je pleure. Je te pleure. Ce rêve était ma réserve de larmes pour toi.  L'odeur de ton tablier de petite fille se mêle au goût de mes sanglots et peu à peu je sens enfin mon coeur se vider, s'apaiser . Soupir immense, qui tremble.

 Un jour d'il y a vingt ans a voulu renaître; renaître pour qu'enfin je te dise adieu Gillia.

 

**************

 

 Tiens,  le courrier ! Une lettre,  une enveloppe rose! j'ouvre. Non,  ce n'est pas une lettre, c'est une nouvelle: le titre:" Histoire de Gillia."

 

Qui donc m'envoie ce courrier ? Aucune importance, je vais lire l'histoire,  ton histoire...

 

 Gillia! nous étions ensemble sur les bancs de l'école, inséparables et pourtant si différentes. Toi, calme brune aux yeux bleus, je me souviens même de l'odeur de ton tablier, bleu aussi. Tous tes vêtements étaient bleus. Je t'en avais demandé la raison.

 

"Ma mère m'a vouée à la Vierge , " avais-tu répondu . 

 

Oui,  à cette époque cette coutume était répandue. Tu aurais du être protégée ! La Vierge t'a voulue pour elle seule? Ta place,  un matin est restée vide. Mon coeur aussi. Je me sentais comme égarée. Je n'ai pas joué en récréation. Et quand nous sommes remontées en salle de classe, l'institutrice avait les yeux rougis. Elle nous a demandé de nous asseoir, Elle même est restée debout , -  elle savait que je t'aimais, son regard triste a rencontré le mien . Elle nous a annoncé:

 

" Gillia ne viendra plus en classe, elle a rejoint les anges ce matin."

 

 Je n'ai pas pleuré. J'étais vide.  Mon coeur résonnait creux; je n'avais pas de larmes.  Mon coeur ne pouvait pas m'en donner .

A la fin du cours,  l'institutrice m'a appelée. Elle a caressé mes cheveux blonds comme pour en lisser les boucles en désordre.

 

" Tu iras chez Gillia demain matin, tu demanderas à ta maman de t'accompagner si tu veux. La maman de Gillia désire que tu dises au revoir à ton amie."

 

J'ai acquiescé de la tête sans parler; je n'ai rien dit à Maman. Je suis allée seule chez toi . Ta maman m'a embrassée tristement et m'a emmenée près d'une boite tapissée de blanc. Une boîte qui ressemblait à un nuage...!  Et tu étais là, revêtue de la robe d'ange que tu portais à la fête Dieu:  une robe de soie bleue garnie d'un galon d'or. Tes lèvres étaient restées rouges ,  tu semblais dormir. Un ange! Tu étais un ange! ... J'aurais voulu voir ton regard bleu. J'étais fascinée,  je te regardais,  ne pouvais détacher mon regard.

 

"Tu vois, ma petite, Gillia est au ciel maintenant."

 

 J'ai fait oui de la tête et je suis partie machinalement...

 

 

****************

 

 

Je suis là, interdite, les feuiilets entre les mains. Je les ai serrés un peu trop fort ,le coin en est chiffonné;  et je lis:

 

 Un écrivain qui habitait  près du cimetière ou tu reposes a remarqué ta photo et aussi les roses qui embaumaient ta tombe. Il a remarqué qu'elles se fanaient toujours un mois plus tard  que les autres. Il est venu te voir, te parler chaque nuit,  toujours à une heure du matin;  et,  un jour,  tu es venue sur son bureau, tu t'es couchée sur le papier, tu l'as regardé et il t'a aimée. Il t'a tant aimée Gillia! Il ne dormait plus,  restait avec toi toute la nuit et il a réinventé ton histoire.Tu as grandi. Devenue femme,  tu l'as aimé à ton tour... Et cet amour te fait revivre chaque nuit....

 

Tu te promenais donc dans le village de notre enfance!  Il était une heure du matin.... Je t'ai rencontrée dans mon rêve, dans le tien! Celui qui t'a aimée  était dans le bus! Je m'en souviens maintenant! Nous sommes restés trois dans ce bus....

 

Qui m'a envoyé ces feuillets? Je tremble d'émotion. Qui m'a retrouvée ? Lui ? Toi ? Te retrouverai-je la nuit prochaine ? Suis-je encore avec vous dans ce véhicule extraordinaire ?

 

Je suis ouatée,  ici et ailleurs, dédoublée... Je vois sans cesse ton sourire... Que feras-tu de moi ? Tu me donnais tant d'amitié, de bonheur, fraîcheur des amitiés enfantines. Me donneras-tu quelquechose? Une fleur, un rêve?..

 

Un avion, disais-tu! où as-tu trouvé cet avion? entre deux nuages, peut-être?

 

Chaque jour je viendrai te voir ici. N'oublie pas. Quand je t'appellerai tu me parleras, dis, tu veux bien ? Nous n'avons plus de devoirs à faire maintenant petite amie, nous pouvons jouer, rêver, rire

 

****************

 

" Je sens ton appel Gillia!...  Où allais-tu cette nuit, dans cette voiture folle? Où t'enfuyais-tu?"...

 

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           ..." Patiente! ... Je ne peux te voir qu'au gré du soleil, du vent, des remous de ton âme...Je...suis restée trop longtemps avec toi...cette nuit...Tant...de signes à te donner....Trop longtemps...

 

A bientôt!.....Au crépuscule....Peut-être...Je t'aime...J'aime nos souvenirs...

          

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....Ainsi tu m'as reconnue...enfin! Quand j'ai tiré à moi la couverture du soleil pour la déposer  sur l'étang que tu aimes, elle était si pesante, je l'avais voulue trop belle. Je n'ai pu en émerger pour t'apparaître... J'avais emporté deux des couleurs du soleil: l'aurore et le crépuscule, l'or  pâle et le rose; j'ai pu tendre à la surface un calice, que j'avais réussi à dessiner pour toi. O! comme j'ai été heureuse de ton émerveillement.! Tu as pressenti la présence des mains aimées sur ce calice. 

 

Puisque je ne pouvais encore matérialiser ma présence auprès de toi,  j'ai voulu que ce soit lui qui te donne ce gage de mon souvenir,Ecoute plutôt...

 

Sais-tu ? Oui tu le sais. Je t'ai entendue le lui dire, j'ai lu aussi ton poème.  Sais-tu,  amie fidèle,  que ta maman est près de moi, sur le nuage blanc qui m'abrite ? Tu as appelé ce nuage le pays de la poésie, nous  en avons été très amusées., Sais-tu que depuis plusieurs années nous veillons sur toi ? Nous avons reconnu cet homme,  tu avais raison,  et avons enfin trouvé un moyen pour te mettre en sa présence. Pardon de t'avoir bouleversée, nous pouvons te guider mais pas t'expliquer.

 

Tu t'étais égarée, amie, la réussite, les honneurs de cette terre ne sont pas pour toi. Tu es faite pour le rêve, pour aimer. Si tu veux écrire,  tu le feras sous notre dictée, tu verras

Il n'y avait rien encore dans le calice; sa beauté t'a comblée.  Il était le reflet de notre amour à toutes les deux. Ta maman a trouvé le regard où s' abriter sa tendresse et elle reçoit de toi tout l'amour que tu donnes à cet homme.

 

Vis les instants que nous t'offrons,  vis, tu as droit au rêve , au bonheur, à la joie même, accepte et tu sauras bientôt ce que contient le calice ... Je suis restée trop longtemps, Princesse, je pars ... A bientôt, au prochain caprice du soleil...               Gillia.

 

                  *****

 

Gillia !  Tu m'as appelée Princesse !   Qui t'a dit ? Maman ? L'image de ton sourire m'envahit, ton regard devient taquin... O Gillia ! Dis moi ...Maman...ou...Lui, lui mon Prince... O si tu le rencontres, dis lui... Je regrette tant... J'aurais tant voulu lui dire cet adieu... J'aurais tant voulu l'aimer encore un peu... Ma promesse était sincère...Quand je suis venue pour le voir on m'a dit qu'il ...Que son âme l'avait quitté... Lui , Son âme m'avait attendue pour me dire adieu !... c'est cela n'est-ce pas, ces quelques instants sur ses genoux comme quand j'étais petite fille,  c'était un adieu, son adieu, et il ne m'a rien dit. Sait-il que je ne l'ai jamais oublié ? sait-il ?

 

*****

 

Chut ! Tu auras la surprise. Tu reconnaîtras bientôt un regard, seulement un regard, bientôt...bientôt...Ta maman éclate de rire près de moi.

 Tu sais ici, sur ce nuage,  l'âge n'existe pas . Nous sommes des enfants, toutes les deux et Jane est si heureuse, surtout depuis qu'elle peut goûter à toi , Tu verras, tu retrouveras aussi la pureté de l'enfance....   Un regard bleu  Princesse... souviens-toi!  Un regard bleu!  Seulement un regard.

28.09.2009

une prose poétique d'Archibald Michiels

Yonne auxerre et mon pastel 044.jpg

C'était une après-midi d'octobre. La lumière dessinait d'un trait précis mais doux, rendait à chaque couleur ce qu'un esprit plus hardi eût appelé son essence. Son chemin vint à donner dans une clairière. Il comprit bientôt qu'il avait maintenant le pouvoir de créer cette clairière, même s'il ne l'eût pas vue. Pouvait y faire passer une biche, inquiète ou pas, comme bon il l'entendait. La clairière recevrait la douceur en don de la lumière, et la biche s'approcherait, si seulement il l'appelait de son nom.

Il ne le fit pas. Il était sage d'user d'un tel pouvoir avec parcimonie. Question de ne pas se retrouver avec quelque chose de trop rempli. Un dessin trop achevé où il n'y aurait plus place pour une ligne nouvelle.